> Les numéros > Scumgrrrls N° 17 - Printemps / Spring 2010

Enfants, pourquoi en avoir ?

From a feminist viewpoint, there are certainly good reasons to avoid motherhood. Avoiding motherhood means avoiding being trapped in a biological notion of what it means to be a mother, it makes you less likely to be discriminated at work, statistically you will have a better chance of enjoying an individual level of security and a decent old age pension.

Among more ’positive’ reasons to avoid motherhood are that it gives freedom of movement, it gives time to create, to work, to privilege the building of other relationships, and staying out of patriarchal assignments of motherhood. Avoiding motherhood clearly in many ways is destabilising for patriarchal logics – and it enables increased autonomy and happiness on a personal level for many women.

But, as one members of our editorial team said, « what are then the reason for having children ? ». Many of us, parents around the table, actually could not come up with any answer with ease. Many of the things that crossed my mind certainly did not have much to do with feminism at all. But that made it even more intriguing, and we decided that an article on why having kids should be part of this issue as well – be it to give visibility to feminist or not-so-feminist reasons. So we sent out a call for very short contributions on the theme ’why have kids’. The texts we received show very different ’reasons’, emotions, and positionings. And maybe this is the point, that the reasons for those of us that have chosen parent/mother-hood are different, sometimes complex, and certainly not mainly political - and sometimes they are very difficult to grasp, even for ourselves.

Malin Björk

N.B – The Scum Grrrls editorial team has chosen the headings for each text.

Je croyais que dans la vie on avait des enfants

Je voulais déjà avoir des enfants lorsque j’avais douze ans, au plus tôt était le mieux pour moi.... j’en voulais cinq car je me sentais tellement seule que je pensais que c’était la seule relation qui me donnerait de l’existence, du lien, de l’importance. Je voulais aimer un enfant. C’était un besoin très pressant, comme respirer. J’ai eu deux enfants, un à 19 ans et l’autre à 21....

Je croyais que dans la vie on avait des enfants, on vivait un peu et puis on mourait : jamais je n’avais envisagé que ça durait si longtemps et qu’on pouvait faire, s’investir dans un travail et surtout qu’ils devenaient adultes et avaient des enfants à leur tour. J’ai été extrêmement heureuse avec eux bien que je ne crois pas avoir été une mère de rêve... car très vite après cette expérience je voulais créer, inventer, trouver et je me suis investie dans une recherche artistique. Avec eux j’ai beaucoup appris, vécu, aimé et ils sont proches et distants comme il se doit pour leur vie d’adultes. Mais je crois que c’est plus dû à eux qu’à moi, que tout est si bien entre nous car je continue de ressentir que je ne suis personne, juste un petit chemin qui est une interruption de l’éternité.

Myriam

Makes me see what I as a feminist should do to improve this world for everybody

I have 3 children already and all of them are miracle. Whenever I had them in my stomach I wanted to have them. I felt warmth and love and I could see the world in a more sensitized way. Children give a lot of happiness regardless the care that they demand. Children give a lot for the personality growth. It is necessary to be more creative in your daily life. It gives another responsibility feeling. Children help to see what else me as a feminist should do to improve this world for everybody, to make such a world where people could do their free choice. When I did not have children I could not really understand - women should be in politics as they will bring their women’ experience. Now I understand with depth of my heart what it means. This is something that only a spirit in the women’s body can experience in the patriarchal world. And not only as a body that is a product to sell and buy but also as a body that is pregnant, the body that carries all these heavy children. This helps to realize all the things that still should be done for our world to become better. Warm regards from the very cold Latvia

Iluta

Etablir un lien organique et définitif avec ceux que j’aimais

La première fois que j’ai voulu un enfant, j’avais 20 ans et n’avais jamais pensé à devenir mère un jour. Il y eut le désir soudain de faire quelque chose de fou avec la femme et l’homme que j’aimais. Nous avons créé une tribu, sans égard pour la petite famille nucléaire qui - c’était déjà prouvé en 1984 - donnait le pire comme le meilleur. Je devins enceinte du même homme et en même temps que mon amoureuse. Les 2 enfants grandirent ensemble, mais dans plusieurs maisons. La deuxième fois, je rêvais d’une miniature du prince charmant que j’avais épousé. La troisième fois, je voulais qu’il y ait plus d’enfants que de parents. Les trois fois, bien sûr, c’était par désir d’établir un lien organique et définitif avec ceux que j’aimais. Ces enfants ont changé ma vie. Ils sont 4 en tout. Et la prunelle de mes yeux. Dans les moments difficiles de leur petite enfance, je lisais des extraits d’interviews radiophoniques de Françoise Dolto. Plus tard, c’est le sarcastique "No Kid" de Corinne Maier (Michalon, 2007) qui m’a servi de trousse de secours secrète les jours de drame.

Anonyme

Expanding my capacities to love

My baby was not planned. I have always looked positively at the experience of motherhood, my mother with 3 daughters, a university professor career and an estranged husband being a living example of the 70s feminists who did and had it all. I had decided that I am not the super woman mother type and will probably be a woman without children, but then kept it when I found out I was pregnant. On a superficial level because I was curious about THE uniquely female experience of pregnancy and motherhood. I was prepared for an identity crisis, but not for the autopilot that took over my body and rational. Normally my ego has serious objections against giving unconditionally and puts up a fight defending selfishness, but is capable of being a big, serene heart with my child. So this expanding love is a necessary learning mechanism for me to be a better human being in all levels of my life. Maybe I would have learned without the parenting experience, nevertheless I am grateful for it.

Georgia

Un instinct

Pourquoi je voulais des enfants ? Ce ne sont pas les raisons qui manquent, mais la raison ; ce n’est pas la raison qui dicte de faire des enfants, mais bien plutôt un réflexe de pavlov, un instinct naturel, une évidence mammifère. En tout cas c’est comme ça que je l’ai ressenti, un choix conscient, un projet d’amour, mais avant tout un impératif de reproduction de l’espèce. D’ailleurs l’expression « horloge biologique » rappelle que nous sommes programmés. Ca n’enlève rien à la beauté de l’aventure qu’est la création d’une famille. Au contraire ! Désolée, c’est un peu brut Mais sincère

Claire

It all has to do with family

The reasons for wanting a child are rather different from the many reasons one adores the child one gets. So, why did I want a child ? My main reason for wanting a child has all to do with family, but not the family I have now (my partner and child), but the family I have left (my parents, grandparents and so forth). That is, I wanted this child : (1) as I thought my mother would make an excellent grand mother (and she is !) ; (2) because I have increasingly realised the importance of roots and heritage and I wanted to give my roots and heritage to somebody and (3) because I have already done so much that I did not really know what else to do. Note, I do not mean to say that I wanted a child because I’m bored with life or because my career no longer fulfills me, rather I needed to find a way to "care for" and a child does need a lot of caring for.

Sari

L’imagination d’une autre manière d’élever des enfants

Pourquoi avoir voulu un enfant... Question difficile tant sa naissance a effacé toute explication rationnelle par une évidence tranquille et sa seule existence comme certitude. Ce qui y a contribué, sans jamais constituer une explication ou une justification auto-suffisante de ce choix, c’est l’imagination d’une autre manière d’élever des enfants, et la présence d’autres femmes ou couples à mes côtés qui transformaient dans les faits cette imagination en possible et qui pouvaient appartenir à une famille élargie. Ce fut aussi le désir de faire pousser quelqu’un sur l’amour éprouvé et solide d’un couple, et d’enrichir encore ce couple. C’est l’envie de grandir, de devenir plus adulte, de n’être plus une enfant moi-même. Je voulais enfin répondre à un instinct inexplicable, que je refuse de qualifier de biologique, mais plutôt la sensation qu’il y aura là un amour inédit, plein et inconditionnel. J’aime aussi cette phrase de Marie Darrieussecq, qui explique son désir d’enfant par le besoin de reproduire des gens bien, donc pour ne pas laisser seulement les fachos, les racistes, les sexistes, les conducteurs de 4x4, les va-t-en-guerre, les pollueurs, les extrémistes, ou simplement les mous moyens normés et apolitiques, mettre des enfants dans ce monde.

Séverine

FR

D’un point de vue féministe, les raisons ne manquent pas pour échapper à la maternité, que ce soit pour déstabiliser de multiples manières les logiques patriarcales ou pour augmenter l’autonomie et le bonheur personnels de beaucoup de femmes. Mais quelles sont alors les raisons justifiant d’avoir des enfants ? Afin de rendre visibles ces raisons, féministes ou non, nous avons lancé un appel à contributions très courtes sur le thème « pourquoi avoir des enfants ». Les textes que nous avons reçus déploient des ‘raisons’, des émotions et des positionnements très différents. Ce qui tendrait à expliquer que les motifs pour lesquels certaines d’entre nous ont choisi la parentalité/ maternité, sont diverses, complexes, pas forcément politiques et parfois assez difficiles à comprendre, même pour nous.

NL

Vanuit een feministisch standpunt zijn er zeker goede redenen om het moederschap te vermijden. Het gaat in tegen de patriarchale logica en het levert voor heel wat vrouwen een grotere zelfstandigheid en meer geluk op. Wat zij dan de redenen om toch kinderen te hebben  ? Om een idee te krijgen over de mogelijke drijfveren - al dan niet feministisch – riepen we vrienden en kennissen op een korte bijdrage te leveren over het thema "waarom kinderen". De teksten die binnenliepen leverden heel diverse ’redenen’, emoties en standpunten op. Het belangrijkste dat we er misschien uit kunnen leren is dat onze motieven om voor het ouder/moederschap te kiezen erg kunnen uiteenlopen, dat ze soms complex zijn, zeker niet op de eerste plaats politiek – en dat ze soms heel moeilijk te vatten zijn, zelfs voor onszelf.