> Les numéros > Scumgrrrls N° 17 - Printemps / Spring 2010

La domination masculine

Impossible de ne pas mentionner ce film d’un réalisateur belge, Patric Jean, étant donnée la rareté du phénomène  ! Quoi, un homme et un féministe et un réalisateur de films ? Autant dire, un OVNI ! Avec ce titre il frappait fort. Cela promettait. Je me suis donc précipitée au cinéma à la première occasion.

Ca commence très bien : Patric Jean s’attaque d’emblée à l’importance démesurée accordée au pénis. On y voit un homme malheureux car il n’a pas un pénis suffisamment long à ses yeux. II va subir une opération pour remédier à cet état. Le médecin et le patient vont au coeur du sujet : le pénis comme symbole du phallus, du pouvoir. Ensuite le réalisateur, dans un élan créatif, rassemble des images de symboles phalliques  : tours, bittes d’amarrage( !), cheminées, etc. qui pullulent dans notre environnement, et les colle sur un mur.

Après, malheureusement, cela tourne très vite à un reportage de télévision avec l’interview d’une stripteaseuse triste face à desmâles salivants qui explique que pour trouver de la dignité face à la violence masculine, c’est elle qui les domine le temps de son travail et elle peut ainsi les mépriser. Il me semble que c’est souvent à ce genre de métiers qu’on a recours quand on évoque le problème. Plus parlante était la scène de travail dans une usine où le contremaître est un homme parmi uniquement des ouvrières ou celle des hôtesses qui s’emmerdent à parader près de voitures dans un quelconque salon de l’auto où des hommes (peu)reluisants se font photographier avec la femme et l’auto !

Je ne vais pas détailler tout le film qui a son intérêt et que je vous conseille, et qui, j’espère, sera vu surtout par des publics non avertis. Il a le grand mérite de reconnaître l’injustice faite aux femmes, l’apport des féministes (ça c’est rare !), l’ insoutenable violence dont elles sont les victimes (la tuerie de l’Ecole Polytechnique de Montréal en 1989).

Ce que je regrette, c’est la forme : j’aurais voulu que le réalisateur s’implique plus dans le film autant qu’il s’est impliqué autour du film (et non sans risque : vous avez peut-être entendu parler des menaces dont il a fait l’objet de la part de masculinistes québecois) pour trouver la bonne manière d’étayer son propos. Dans une interview entendue à la radio, il évoquait pourtant des scènes de sa vie quotidienne où il se surprenait à être le ‘mâle dominant’ par habitude des privilèges, comme par exemple être servi à table par une copine. J’aurais bien voulu qu’il montre ça. C’est peut-être là justement que c’est le plus insidieux, tous les jours, tout le temps. Mais évidemment c’est moins spectaculaire et moins médiatique. Ces petits gestes font la grande différence à la longue.