> Les numéros > Scumgrrrls N°16 - Automne / Fall 2009

Le cinéma lesbien en crise

Des lesbiennes ça existe et des lesbiennes qui font du cinéma aussi… Alors pourquoi constate-t-on ces dernières années une « évaporation » du cinéma lesbien ?

En effet, la production de films lesbiens se fait de plus en plus rare, ils sont difficiles à trouver, et le peu qui existe est souvent de piètre qualité. On pourrait essayer d’expliquer ça par des conditions de production de plus en plus ardues, de l’argent de plus en plus difficile à trouver (mais la production lesbienne de qualité a souvent été à très petit budget, voire faite de bouts de ficelles), cependant les raisons profondes pourraient bien être multiples.

llustration de Nina Nijsten

Voici quelques pistes…

- Est-ce l’effet L-Word ? La série culte, qui a permis un rendez-vous lesbien (bien que lipstick) quotidien, aurait-elle en quelque sorte banalisé le genre ? L’aurait-elle épuisé, égalisé, dilué, vidé de sa substance  ?
- Le cinéma lesbien serait-il en crise d’écriture ? Après le temps des fins nécessairement mélo, on est passé aux happy end, puis il y eut un petit retour vers des résolutions moins sereines, et à présent on serait désabusées ?
- Peut-on encore trouver à dire sur le sujet du girl meets girl ? Quand, dans toutes les séries de télé mainstream apparaît au moins un caractère lesbien d’arrière plan.
- La lesbiennitude est-elle « has been », passée de genre, à l’ouest ? Supplantée par la production trans ? Un nombre impressionnant de films traitant de la transsexualité sont en effet produits ces dernières années. Certains sont d’ailleurs d’une qualité remarquable tandis que d’autres se trouvent dépourvus de toute réflexion sur le medium utilisé (la vidéo, le cinéma), sans aucun rapport à l’image, souvent simple face caméra, comme si le sujet suffisait, ou alors de la facture lisse et sans surprise d’un mauvais documentaire américain. A une époque où le cinéma gay foisonne, où il a acquis ses lettres de noblesses, où il entre dans la cour des grands (prix et palmes), le cinéma lesbien, son parent pauvre, resterait-il cantonné dans un sous-genre anecdotique, méprisé par le commun des spectateurs, et serait-il voué à l’épuisement ? En effet on ne peut ignorer les problèmes de production, de diffusion, ou la quantité de films de femmes qui ne trouvent jamais de distribution (« Maman est chez le coiffeur » le dernier très beau film de Lea Pool en est un exemple cuisant).

Il se pourrait bien que le cinéma lesbien connaisse sa première crise d’identité. Pouvons-nous nous passer du genre, sombrer dans ce backlash d’absence de représentation ? Alors à quand la relève ? Il suffit d’une petite caméra vidéo, comme disait l’autre (Godard).