> Les numéros > Scumgrrrls N°16 - Automne / Fall 2009

Crisons contre la crise

Crise, crise, crise…Oui, elle a bon dos. Elle est responsable de tout, elle est capable de nous faire travailler plus longtemps, pourmoins d’argent, avec plus de flexibilité, …

Les patrons et les ministres, et toutes les “bonnes volontés” que la rhétorique de la crise permet de mobiliser, travaillent de concert à lancer des injonctions au nom de la crise. Ce qu’elle ne nous fait pas faire cette crise ! Et bien, nous avons décidé dans ce numéro du ScumGrrrrl de criser contre la crise.

Un premiermouvement nous traverse et met en branle cette autre crise, cette crise dévalorisée, si fémininement stigmatisée, cette crise dite de l’utérus, si médicalement assignée, cette crise qui permet de dire stop, veel is te veel. Entre crise et cruche, il n’y a que quelques lettres de différence que nous ne franchirons pas. Nous nous prenons les cheveux, tapons des pieds, crions, faisons monter le rouge à nos joues, rions à grands bruits, mobilisons tous les affects repoussés pour contrer ce que l’on nous présente comme inévitable et nécessaire. Une fois défoulées, un deuxième mouvement nous prend.

Le dictionnaire nous raconte en effet que la crise est un passage entre deux états, le pivot fragile, par exemple, entre l’état gazeux et l’état liquide. La rhétorique de la crise fonctionne sur le même ressort : nous vivons une rupture, une coupure entre un avant et un après, entre l’ancien et le nouvel ordre, l’émergence d’un état inédit qui s’ouvre devant nous. Quel est donc ce nouvel état vers lequel la crise est censée nous faire passer et nous installer ? Certains experts parlent d’une société du risque généralisé : son anticipation, son évaluation et sa gestion formeraient le spectre principal des décisions. Qu’elles soient politiques, administratives, sanitaires, boursières, professionnelles, familiales, etc., du terrorisme aux OGM, de la grippe aviaire à la grippe AH1N1, de la crise des subprimes à la chute des cours des bourses, de nos états amoureux à nos sérénités amicales, une unique logique présiderait, celle du risque généralisé. Sa rhétorique est accompagnée d’outils statistiques permettant ses mises en oeuvre qui, de façon remarquable, variera en fonction des cas. Parfois – pensons au spectre du terrorisme - le risque zéro sera présenté comme raisonnable, parfois – pensons aux OGMon nous expliquera que les dommages collatéraux sont inévitables. Risque de perdre son emploi….avec ou sans parachute ? Risque de tombermalade…avec ou sans assurancemaladie (complémentaire) ? …. Il semble que ce soient toujours les mêmes qui prennent les gros risques. Business as usual, rien de nouveau sous le soleil, avec de nouvelles rhétoriques et de nouveaux outils dont nous continuons de découvrir les moyens d’action spécifique. Contre cette crise-là, cette crise mobilisatrice, cette « nouvelle rupture », nous continuons de faire vivre un certain féminisme, celui qui se nourrit de la multiplicité des expériences de femmes et qui inlassablement construit de nouvelles continuités, prolonge de nouveaux héritages, écrit de nouvelles histoires.

EN

Let’s make a crisis against the crises. Crisis, crisis, crisis…yes it is useful as an excuse, responsible for everything. The crisis can make us work longer hours for less money, and with more flexibility… Against a crisis like that, a mobilising crisis, a « new schism », we will continue to live and recreate a kind of feminism that feeds on women’s multiple experiences, and that untiringly constructs new sets of continuities, that extends new legacies, and that writes/creates new stories.

NL

Ergaat geen dag voorbij ofwe horenwel érgens het woord crisis vallen. Een crisis die alles wettigt : dat we langer moeten werken, voor minder geld, met meer flexibiliteit... Tegen dit soort manipulerende crisis in blijven we ons inzetten voor onze feministische keuzen. Een feminisme waarin de uiteenlopende ervaringen van vrouwen aan bod kunnen komen, een feminisme dat onvermoeid de continuïteit verder uitbouwt, nieuw erfgoed aanspreekt, nieuwe geschiedenis schrijft.