> Les numéros > Scumgrrrls N°13 - Printemps / Spring 2008

The Uterus Issue

Lorsque le thème de l’opposition entre nature et technologie s’est imposée à nous pour ce nouveau numéro, il semblait riche de possibilités. On pourrait parler de cyborgs, du rapport entre les femmes et les ordinateurs ou autres machines techniques, de l’insémination artificielle, des techniques de contraception, de la place des femmes dans les professions dites technologiques, ainsi que dans l’histoire de la technique, et pourquoi pas des godes, de la chirurgie esthétique ou réparatrice, des OGM, des machines dans les salles de fitness, des tracteurs, et que sais-je encore.

Assez curieusement, mais nous ne l’avons pas décelé tout de suite, la plupart des sujets proposés par les rédactrices arrimaient la dialectique nature-technologie au corps-femme, la nature étant ce corps que la technologie permettrait de ­dépasser, d’améliorer, d’apprivoiser.

D’un côté, nous allions écrire sur la technologie facilitant ou empêchant de faire des bébés, de celle régulant les règles ou les supprimant. De l’autre, les dildos, les cyborgs, la technologie des salles de fitness ou la chirurgie esthétique nous permettraient d’évoquer ces techniques de substitution ou de complément. Dans les deux cas, nous ne sommes pas tout de suite aperçues de ce lien toujours présent avec le corps. Soit que la technologie prenait directement le corps pour objet, pour le réguler (la pilule) ou l’assister (l’insémination) ; soit que la technologie servait de prothèse pour compléter le corps (le gode), l’améliorer (les machines des salles de sport ou, dans une version de science-fiction, le cyborg), ou le conformer à une certaine attente (les implants).

Comme si, en tant que femmes, nous inscrivions immédiatement l’outil technologique dans notre corps même. Comme s’il ne nous était pas naturel (« naturel », le mot est lancé) de nous projeter dans une technologie extérieure à nous. Comme si nous envisagions notre corps dans sa nature même, qui ­devrait nécessairement s’appuyer sur une technologie pour être perfectionné et décuplé, un corps peut-être incomplet ou imparfait par nature ? Cette propension à lier toute technologie à notre corps est sans doute à creuser…

Au fur et à mesure de la préparation de ce dossier, les sujets traités se sont encore réduits. Les articles parlaient de la ­pilule comme technique de contrôle de la fertilité ou des menstruations, de la reproduction des lesbiennes et du « discours technique » qui l’entoure, ou encore de la prétendue nature ou essence des femmes qui expliquerait notamment que les femmes sont plus proches de la nature (et donc plus éloignées de la technologie ?).

Une réflexion commune à ces différentes contributions consiste à dénoncer le discours normatif sur ce qu’est la ­nature des femmes ou du corps féminin, et comment toute dérogation à cette soi-disant nature essentielle doit être contrôlée, régulée, redirigée vers la norme (socialement) souhaitable. Les outils de ce contrôle, de cette « rééducation », ­reposent sur des technologies ou des savoirs prétendument techniques, qui sont souvent l’apanage des hommes, puisque la femme, en raison de son lien à la nature, souvenez-vous, est plus étrangère à la technologie…

Dans les exemples visés ici (mais on pourrait envisager d’autres applications), cette régulation normative par la technique prend le corps de la femme, et plus précisément son utérus, pour objet – ce qui est malheureusement une constante ­historique. Oubliées finalement nos ambitions démesurées du début. Du thème Nature et Technologie, ce dossier n’offre donc qu’un premier aperçu, ce qui nous a incitées à adopter ce joli sous-titre : The Uterus Issue ! Cela ne pourra que nous donner envie de poursuivre le débat sur la technologie dans de prochains numéros, et vous donner envie peut-être d’y ­collaborer ?

EN

The theme of this dossier “nature versus technology” would allow us to write about many things. For example, cyborgs, the relationship between women and computers, reproductive technologies, the role of women in the history of technology, or why not dildos, esthetical chirurgery, genetically modified crops or the machines in fitness centers. Surprisingly we all chose to write about the normative role the understanding of ‘nature’ has played in constructing gender and especially the construction of women. We all chose to criticize how nature is used to control, regulate and re-orientate women towards how they are expected to be and what is expected of them. As if we as women directly inscribe the tools of technology onto our bodies and ourselves. The normative dimension of technology takes ­women’s bodies as their possessions : The object of the normative dimension of technology is women’s uterus. Hence, we have included a sub-title to this dossier, we could have called it the uterus issue !

NL

In dit dossier wilden we natuur en technologie tegenover elkaar stellen, en daarvoor konden heel wat onderwerpen in aanmerking komen : cyborgs, vrouwen en computers, kunstmatige bevruchting, contraceptietechnieken, de plaats van de vrouwen in de geschiedenis van de techniek, en waarom ook niet dildo’s, esthetische of reparatieve chirurgie, GGOs, toestellen in de fitnesszaal, of nog veel meer. Merkwaardig genoeg hebben we allemaal iets geschreven om het normatieve discours te ondermijnen over de natuur van de vrouwen of van het vrouwelijk lichaam, en hoe elke afwijking van die zogezegde natuur gecontroleerd, gereguleerd, en opnieuw op het (sociaal) wenselijke pad van de norm ­gebracht moet worden. Alsof we, als vrouwen, het technologisch hulpmiddel onmiddellijk op ons lichaam zelf ­betrekken. Deze normatieve regulering via de techniek maakt het lichaam van de vrouw, en meer bepaald haar uterus, tot object - en dat is spijtig genoeg een historische constante. We moesten uiteindelijk onze eerste, overmatige ambities opgeven. Van het thema Natuur en Technologie biedt dit dossier dus slechts een eerste benadering, en we kozen daarom voor een mooie subtitel : The Uterus Issue !