> Les numéros > Scumgrrrls N°13 - Printemps / Spring 2008

... et les autres !

A l’époque de la queer attitude, la binarité ne fait pas bon genre. Plus question d’opposer comme système ou comme simple raccourci de langage les hommes et les femmes, les garçons et les filles, les mesdames et messieurs. Car ce serait considérer qu’au-delà de cette opposition basique, aucune autre identité de genre n’aurait voix au chapitre, ce serait oublier les trans, les intersexes, les entre-deux, les sans genre et les autres.

Même les logos sur les toilettes sont priés d’être rangés ou détournés lorsqu’un événement queer investit les lieux ! Certes, et c’est tant mieux, ces WC dégenrés évitent les regards ou commentaires désobligeants à l’égard des usagers de ces lieux qui ne ressemblent pas de manière évidente à la figure stéréotypée en jupe ou pantalon affichée sur la porte, mais, vous me permettrez une récrimination terre-à-terre, tout cela ne favorise pas la propreté des vespasiennes dont la signalétique binaire pourrait alors plutôt être « sales – propres ».

Le genre est désormais troublé ! Jouissif et libérateur sans aucun doutemais on y perd aussi son latin ! Evitez de dire homme ou femme, gay ou lesbienne, sans y accoler immédiatement les myriades de possibilités que nous a offerte la déconstruction du genre et de l’identité sexuelle.

Petit lexique de survie dans le nouvel hémisphère du langage dégenré et dénaturalisé : Pour commencer par un terme basique, LGBT, bien connu pour désigner les Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres, est déjà un produit de la théorie queer puisqu’il a ajouté aux gays et lesbiennes, transposition du binarisme homme-femme, la bisexualité et la transsexualité. Le L trône désormais en première place ce qui donne une touche féministe au « gay-lesbienne » ou GLBT des premiers temps.

Mais le terme LGBT est déjà dépassé, car il faut y rajouter aujourd’hui pas mal d’autres initiales pour d’autres identités. LGBTQ inclut les ‘queers’ ou les ‘questioning’, ce qu’on peut aussi traduire par un deuxième Q ou un point d’interrogation : LGBTQQ ou LGBTQ ? donc.

On peut en outre y adjoindre un U pour ‘unsure’, un I pour ‘intersexe’, un P pour ‘pansexuel’ ou ‘polyamourous’, un F pour ‘fétichiste’, un O pour ‘omnisexuel’. Quand le O ne conclut par le tout par un prudent ‘other’. Il y a encore le A, soit pour ‘allié’ ou ‘asexuel’. Et pour ne pas confondre transgenre avec transsexuel, certains préfèrent doubler le T, ajouter TS pour transsexuel, ou inclure un T2. Cela en fait une communauté, non ? Tout cela dans l’ordre de votre choix bien sûr, ne remettons pas de la norme là où on cherche à dénormatiser… On se retrouve donc avec une association LGBTQQUIPO, un festival de cinéma GLBTTSAFOI, ou un magazine LGBTQA (pour Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, Questioning and Allies). Difficile à dire très vite, non ?

Dans la rubrique termes en devenir ou argot moderne, relevons aussi le SGL (‘same-gender loving’) utilisé par les homos afro-américains pour se démarquer des LGBT blancs, les LUG (‘lesbian until graduation’), GUG (‘gay until graduation’) and BUG (‘bisexual until graduation’) utilisés par des adolescents expérimentant une phase homosexuelle.

Quant aux mots qui ont de l’avenir, le cisgenre et le cissexuel (cisgender ou cissexual) désignent une personne dont l’identité sexuelle est identique à son sexe, soit un non-transgenre ou non-transsexuel. C’est un terme qui a été créé par la communauté trans comme antonyme au mot transgenre, cis- étant un préfixe signifiant ‘du même côté’, en opposition à ‘trans’. Ou comment réintroduire de la bipolarité dans l’orientation de genre.

Et pourquoi pas aussi C pour ‘cyborg’, B pour ‘butch’ ou ‘bottom’, G pour ‘gouine’ ou ‘gouin’, P pour ‘pédale’, E pour ‘échangiste’, ‘extra-terrestre’ ou ‘extra-sexuel’, un troisième T pour ‘top’…il reste tant de lettres dans l’alphabet.

Cela en fait du monde au paradis queer, Adam et Eve ne doivent plus s’y sentir si seuls, du moins s’ils continuent à répondre à ces prénoms d’une banalité et d’une normativité affligeantes…

Où sont les femmes, comme dirait Patrick Juvet et certaines d’entre vous que j’entends jusqu’ici ? Eh bien, elles sont toujours là, se dissimulant derrière ces multiples identités, les transcendant, tentant de réconcilier l’heureux héritage de la théorie queer et l’indispensable expérience du féminisme, pour se définir en tant qu’individues au-delà de la polarité homme-femme nécessaire au patriarcat, sans être dupes toutefois : socialement l’oppression des femmes, en tant que femmes, a malheureusement encore de beaux jours devant elle !

Avec l’aide précieuse de Wikipédia et Wiktionary.

EN

In this age of queer attitude, binarity is no longer welcome. It is no longer possible to speak of women and men without including references to inter- and transsexuals, those in between, those without gender and all others. This is a small lexicon for survival for the age of queering of genders.

NL

We leven in het tijdperk van de queer attitude, en binariteit is aan herziening toe. Het gaat niet meer op om mannen en vrouwen tegenover elkaar te stellen, als systeem of gewoon als taalkundige vereenvoudiging, zonder ook rekening te houden met trans, interseks, tussenin, genderloos en de rest. Een kleine woordenlijst om te overleven in een nieuwe taal, losgekoppeld van gender en natuur.