> Les numéros > Scumgrrrls N° 11 - Printemps / Spring 2007

Nicole Eisenman, artiste

Ma rencontre avec les oeuvres de cette artiste eut lieu lors des Gay Games à Amsterdam en 98 : son installation occupait 2 murs ‘décorés’ de feuilles volantes recouvertes de dessins rapides à l’encre, à la gouache représentant un mélange de personnages sortis de bédés américaines (par exemple Wonderwoman), de caricatures et surtout de lesbiennes pro-actives dans des orgies rabelaisiennes ! Il faut voir le Lesbian Kissing Booth !! L’humour se joint à la violence et à une imagination plus que débordante !

Nicole Eisenman, née en 1965, fait partie de la génération d’artistes nourries de féminisme, d’américanisme et d’histoire de l’art ; elle utilise des formes connues qu’elle subvertit à des fins critiques, très acerbes ! par exemple : la banale famille dysfonctionnelle’. Un vrai coup de poing pictural !

Parfois elle dépeint de petites anecdotes de sa vie avec férocité : ’New Braces’ ou comment garder le sourire obligatoire tout en portant un appareil dentaire pour répondre aux normes de la beauté américaine !

Tantôt elle brosse de grands tableaux ou des fresques murales où des mondes peuplés de femmes s’affichent dans une grouillance formidable à la Breughel, scènes primitives qui évoquent également Jérome Bosch : salutaire et effrayant à la fois. Effet cathartique garanti ! Je pense en particulier au diptyque exposé au musée Ludwig de Cologne en 2006 dans le cadre de l’expo ‘Arriver à dame. Sexes, vies et désirs dans l’art depuis 1960. Il s’agit de ‘Progress :Real and imagined, 2006, huile.’ Sur le panneau de gauche, l’artiste au look androgyne crée dans l’effort, repliée sur ellemême dans un atelier clos (la tour d’ivoire) ; ses peintures de styles différents volent au travers de la pièce. Mais en réalité la chambre-havre repose sur une barge qui semble en proie aux vicissitudes extérieures (la mer est démontée, un/e rescapé/e coule,un canot humanitaire s’approche). Sur le panneau de droite : une terre peuplée de femmes qui s’auto-inséminent avec un pénis dépecé d’un géant style Gulliver dont il ne reste que quelques morceaux, elles pêchent, chassent, enfantent : utopie ou barbarie ? Au loin un ciel menace dans lequel flottent de sombres hamburgers… C’est fort, très fort !

EN

You can’t miss the work of this American artist because it’s brilliant, witty, sarcastic, wild and ever so powerful ! This 42-year-old New Yorker plays with traditional painting techniques and subverts them with impertinent feminist insight. You’ll love her lesbian crowds, her Breughelian female scenes. Du jamais vu !!

NL

Je kan niet naast het werk kijken van deze Amerikaanse artiest want het is briljant, geestig, snedig, wild, en krachtig uiterst ! De 42-jarige New-Yorkster speelt met traditionele verftechnieken die ze subverteert met onbeschaamde feministische inzichten. Je zal niet kunnen meerstaan aan haar lesbische menigtes, haar Breugheliaanse vrouwenscènes. Du jamais vu !