> Les numéros > Scumgrrrls N° 8 - Automne / Fall 2005

Les postmodernes lesbiennes se la jouent rock

by A. S

Avec un tel nom, au moins les intentions du groupe sont claires. Enfin des lesbiennes sur la scène rock qui assument leur identité, jusque dans leur appellation ! Et si le nom ne manquera pas d’attirer leur lot de lesbiennes, leur musique et leur énergie leur vaut un public croissant de fans, tout genre ou orientation sexuelle confondus. Musicalement, elles s’inscrivent entre rock pur et dur des années 80 et dance music et electro de ces dernières années. Leurs paroles sont provocantes, drôles et politiques.

Avec un tel nom, au moins les intentions du groupe sont claires. Enfin des lesbiennes sur la scène rock qui assument leur identité, jusque dans leur appellation ! Et si le nom ne manquera pas d’attirer leur lot de lesbiennes, leur musique et leur énergie leur vaut un public croissant de fans, tout genre ou orientation sexuelle confondus. Musicalement, elles s’inscrivent entre rock pur et dur des années 80 et dance music et electro de ces dernières années. Leurs paroles sont provocantes, drôles et politiques. A la première écoute, proches de Peaches, elles gardent encore la spontanéité que la canadienne a perdu. Leurs concerts sont rageurs et énergiques et parviennent à faire danser même le public qui les découvre par hasard. Quelle meilleure preuve que ce concert à Bruxelles, en avril 2005, où, reléguées en première partie de Le Tigre, elles sont parvenues à éclipser les stars new-yorkaises et à séduire un public stupéfait. Les Scum Grrrls s ont rencontré Jackie « The Jack Hammer », la batteuse du groupe.

Scum Grrrls : Quelle est l’origine du groupe ?

Jackie "The JackHammer" de LOE : Tout a commencé avec Bernadette et Lynne. Elles se sont rendues à une soirée où une femme jouait un morceau de Melissa Etheridge sur une guitare acoustique, elles ont trouvé que ça ferait un tube dance formidable, parce que les paroles étaient si mélodramatiques et sombres. Elles ont conçu un petit projet avec un ordinateur. Lorsqu’elles ont été invitées à jouer dans un festival, ce qui voulait dire adapter leur projet à un show live, elles sont venues me trouver. J’avais déjà joué de la batterie dans des groupes depuis longtemps. On a essayé de transformer leur musique en spectacle, en performance, que ce ne soit plus simplement quelqu’une qui joue sur un ordinateur portable. Nous avons fait notre premier concert, ça s’est très bien passé, et après 6 mois ça a décollé. Et maintenant, on joue en première partie du Tigre et on tourne en Europe. C’est extraordinaire, non ?

SG : Quelle est l’idée derrière le groupe ?

LOE : Notre concept est de reprendre de vieilles chansons des années 70 et 80 qui ont été chantées par des artistes lesbiennes telles que Melissa Etheridge, KD Lang, etc… Nous reprenons leurs paroles, mais nous écrivons notre propre musique et nous les transformons en dance music…Le genre de truc que les lesbiennes aimeraient écouter si elles étaient sous ecstasy. Il s’agit de prendre toutes ces chansons que nous aimons et de les rendre contemporaines. C’est notre nom qui colle avant tout au concept.

SG : Le nom du groupe, si explicite, a-t-il causé des problèmes entre vous et votre public ?

LOE : Non, en général les gens sont intrigués…Pour nous ce n’est pas un nom provocant, mais il l’est parfois pour certains, ce qui nous paraît intéressant. Ce n’est que quand les gens comprennent le concept du groupe que notre nom commence à faire sens. Parfois, lors des interviews, les gens se bloquent sur quelque chose qu’ils ne comprennent pas, cela ne nous gêne pas. Si certains nous voient seulement comme un groupe qui joue de la musique dance, c’est bien. Si vous comprenez les références, les vieilles chansons, vous pouvez aller plus loin pour comprendre ce que nous essayons de faire. Nous ne nous contentons pas de matraquer le public avec des messages pro-homo, on peut nous écouter à différents niveaux.

SG : Et avec le monde musical lui-même. Est-ce que cela été dur de faire produire le groupe sous un tel nom ou est-ce que cela a plutôt été vu comme un argument de marketing ?

LOE : Cela n’a pas vraiment eu d’incidence. Mais nous sommes produites par un label indépendant et pas par une major. Cela aide sans doute. Mais si vous prenez l’exemple du Tigre, le fait qu’elles soient désormais produites par une grande maison de disques n’a pas vraiment changé leur ton ou leur discours. Elles ont réussi à ne pas faire de concessions sur ce plan-là.

SG : Quels liens avez-vous avec le mouvement féministe ou riot grrrls ?

LOE : Nous sommes fières évidement d’être associées aux féministes et aux riot grrrls. En ce qui concerne la musique, je ne sais pas exactement ce que nous avons en commun, même s’il est certain que nous avons des influences communes.

SG : Ce que je veux dire, c’est que, depuis quelques années, on peut se rendre à un concert rock en tant que féministe ou lesbienne et entendre un discours qui nous parle ouvertement. C’est très important. Ca doit être très différent pour les jeunes lesbiennes à présent, en comparaison avec ce que nous avons vécu, il y a 20 ans …, en tant que féministes lesbiennes fans de rock.

LOE : Oui c’est vrai et c’est intéressant pour nous d’entendre cela car nous comprenons combien il est important de faire ce que nous faisons. Quand nous nous produisons en tournée et que le public vient nous dire « c’est génial de vous voir », par exemple. C’est chouette pour nous de voir toutes ces lesbiennes dans le public. Il y a une vraie communauté qui se construit et qui se rend visible plus que jamais.

SG : C’est chouette aussi de pouvoir réécouter tous ces vieux tubes lesbiens, de s’amuser à les identifier. Pour vous présenter, vous avez dit que vous repreniez des tubes de KD Lang, qui est sans doute une des artistes lesbiennes rock les plus connues, mais votre musique tient plus de Rough Trade que de KD Lang…

LOE : Peu de gens connaissent Rough Trade, dont nous avons repris les chansons. Quand nous jouons une de leurs chansons aux Etats Unis, personne ne connait l’original. Et pourtant elles ont vraiment marqué le genre.** Ca fait plaisir que vous les connaissiez. Elles sont canadiennes aussi. Ce que Carol Pope (figure de proue du groupe Rough Trade) a fait à l’époque était complètement à l’avant-garde, elle était ouvertement lesbienne, elle parlait de SM, du genre et de toutes ces choses.

SG : Comment vous situez-vous par rapport aux groupes de rock de filles ?

LOE : On nous met dans la catégorie des lesbiennes, et cela parait évident, c’est pour cela aussi qu’on a choisi le nom du groupe. Mais, certains restent bloqués là-dessus. Ils nous demandent : « pourquoi toujours insister sur le fait que vous êtes lesbiennes ? », alors nous répondons que c’est un concept. C’est toute l’idée de l’existence du groupe. Ce n’est pas tant le fait que nous soyons des femmes, c’est le fait que nous soyons lesbiennes qui marque les gens. Bien sûr on évolue dans un milieu fortement masculin. Lors des concerts, les techniciens sont vraiment sympas, malgré que ce soient tous des hommes…comme partout dans le domaine du son. Nous avons beaucoup de chance car les femmes sont plus visibles à présent dans ce domaine. Depuis que je fais ce métier -et ça fait longtemps, j’ai fait partie de beaucoup de groupes- c’est seulement maintenant que ça commence à changer…Mais on rencontre toujours un trou du cul sexiste de temps en temps. Nous faisons ce que nous faisons en essayant de le faire de manière professionnelle, positive et en essayant de maîtriser nos instruments. Nous avons rencontré des gens géniaux. Le Tigre par exemple, et Kathleen Hanna, nous ont vraiment prises sous leur aile pendant cette tournée et nous ont vraiment soutenues et poussées en avant.

SG : Quels sont vos futurs projets ?

LOE : Nous réinventons sans cesse les morceaux lorsque nous les jouons sur scène. Ce sont souvent des versions différentes des chansons de l’album. Nous jouons encore 6 fois en Europe avec Le Tigre, puis nous sortirons un album de remixes. Nous avons demandé à plein de groupes de reprendre nos versions des chansons pour les remixer à nouveau. Ce sera pour l’automne. A part ça, nous essayons de décider ce que nous allons faire ensuite, car nous ne voulons pas nécessairement nous enfermer dans un concept.

“The Lesbians on Ecstasy are making electronic music of the lesbian variety. It’s kd lang, but it’s different somehow... Lesbo folk songs, rebel songs and beats for the modern lesbian. Straights and dudes love it too. The Lezzies on X are from Montréal. With... Bernie Bankrupt on the Ensonique Veronique Mystique on the Monster Bass Jackie "The JackHammer" on the Octapad and our very own Fruity Frankie (aka Lynne T) rockin’ the Vox”

EN

Finally some lesbians on the rock scene who assume their identity. Their concept is almost post-modern as they redress old, lesbian songs in a more contemporary style. With their music and their energy they have acquired faithful fans from all sexual orientations. Musically they can be described as between the pure and agressive rock of the 1980s and dance and electronic music from the last years. Their lyrics are provocative, funny and political.

NL

Eindelijk lesbiennes op de rock-scene die geen problemen hebben met hun identiteit en die deze zelfs opeisen in de naam van hun groep ! Hun bijna postmodern concept om de liedjes van het lesbisch patrimonium (matrimonium ?) in een nieuw, meer hedendaags kleedje te steken, hun muziek en hun energie leverden hen een groeiend aantal fans op, van alle mogelijke seksuele oriëntaties. Muzikaal gesproken staan ze ergens tussen zuivere 80-er jaren rock, dance music en elektronische muziek van de afgelopen jaren. Met provocerende, grappige en politieke teksten.