> Les numéros > Scumgrrrls N° 8 - Automne / Fall 2005

Des Pom Pom Girls à l’assaut du sexisme

Les cheerleaders sont aux lycées américains ce que sont les majorettes aux fêtes populaires belges. Indispensables sur le terrain de foot ou de basket, ces jeunes filles, souvent blondes, blanches et jolies, animent les matchs en criant des slogans d’encouragement de leur équipe, tout en agitant leurs pompons de papier et en levant bien haut leurs gambettes sous de toutes courtes jupettes. Elles représentent tellement le conformisme beauf de l’adolescence américaine que dans le film du même nom, Megan se défend contre les personnes qui l’accusent d’être lesbienne en s’écriant « But I am a cheerleader ! ». En quelque sorte, c’est l’équivalent féminin du capitaine de l’équipe de foot du lycée, lui-même summum de la masculinité et de la normalité. Même le nom est ridicule : le cheer est l’encouragement des supporters sportifs, le cheerleading est donc la direction et l’accompagnement de ces cris de masse.

Rien de très radical donc, jusqu’à ce que de jeunes queers et féministes se réapproprient le cheerleading et en fassent un outil politique. Tout a commencé, en 1997, par des filles de Floride qui apportent dans les démonstrations un ton nouveau. Elles haranguent la foule par des slogans chantés, drôles et impertinents. Habillées en rose et noir et affublées de pompons faits de bandes de sacs poubelles, elles désamorcent la tension des manifestations, dénonçant le capitalisme, la politique américaine, mais aussi le sexisme et l’homophobie. Depuis, ces majorettes politiques sont de toutes les manifs et ouvrent généralement la marche, donnant à l’événement un ton tout à la fois léger et très radical. Ces féministes en jupettes sont vite rejointes par des garçons, queers et féministes, et des groupes se forment un peu partout aux Etats-Unis, au Canada, et jusqu’en Suède, aux Pays-Bas, au Japon ou en France. A la grande manifestation de Washington pour le droit à l’avortement en 2004, des groupes de radical cheerleaders viennent de partout et politisent en chansons le droit des femmes à l’IVG. Ce sont les Supersexy Lickety Splits !, les Dirty Southern Belles, les FEJACs (pour Female Ejaculation) ou les Pirates Cheerleaders.

Souvent les flics n’osent pas les arrêter ni faire montre de violence à leur égard. Quel danger pourrait en effet représenter une gamine en jupette rose ? Leur présence désamorce donc souvent un réaction policière un peu trop musclée. Certaines féministes leur reprochent leur reprise d’une institution fort sexiste des écoles américaines ou au contraire leurs paroles provocantes, souvent sexuelles et libérées. Mais les radical cheerleaders viennent précisément d’un mouvement féministe des années 90 qui mêle culture pop, riot grrrls, anti-capitalisme, provocation et culture queer. La réappropriation de canons de la culture établie à des fins de parodie et de subversion politique y est une arme reconnue et convaincante. Ces nouvelles majorettes reprennent aussi une culture de chansons politiques qu’elles mixent avec les slogans courts et efficaces de mouvements activistes comme Act-Up ou Queer Nation. Cela donne un cocktail énergique et fort qui réveille un peu les manifestations et les sort de leur torpeur.

Elles chantent la révolution :

« We are the cheerleaders of the revolution

Here to tell you about the only solution

To your problems of hunger, home and career

All instigated by government fear

Oh yeah - shout liberation sisters ! »

Leurs cheers féministes sont nombreux. Elles ouvrent de nombreuses manifs aux cris de

« We’re sexy, we’re cute, we’re radical to boot !

We’re angry, we’re tough, and we have had enough ! »

Elles revendiquent la gratuité des serviettes et tampons hygiéniques dans Ms Lucy is Bleeding All Over the Place ou le droit à la pilosité dans We’re Hairy :

« Throw those arms up in the air

Let me see that armpit hair

We don’t shave or use that nair

Sleek and chic, we do not care »

Pour l’avortement, elles entonnent :

« Abortion is a right

We must stand united

And fight fight fight !

Cause when women use hangers

It should be for their coats !

Safe ! Legal ! Choice ! »

Ou une de mes préférées :

« hey team ! YEAH ?

you lookin GOOD today !

WELL RADICAL FEMINISTS LOOK GOOD EVERY DAY ! »

Elles dévoilent aussi la vie sexuelle d’un autre mythe américain hétéro dans :

« 2-4-6-8

Barbie likes to masturbate

She’s been doing it since age 8

And her style is really great

Religion told her she should wait

And find herself a suitable mate

2-4-6-8 Barbie didn’t take the bait

So listen all you girls and boys

Come on and grab all your sex toys

We’re going to make a lot of noise

Learning about our bodily joys

2-4-6-8 Everybody masturbate ! »

A Paris, un groupe de pom pom queers a vu le jour en 2002 sous l’impulsion d’un couple italo-américain de lesbiennes. Parfois rejointes par les Panthères Roses, groupe activiste queer, elles ont animé de nombreuses manifestations féministes en reprenant en choeur :

« Toute la journée, je travaille sous-payée

Tous les soirs, je travaille au foyer

Quel bonheur d’être libérée !

Le 8 mars, pas assez !

Féminisme toute l’année ! »

Au rayon des chansons queers, cela donne :

« Je suis tapiole, je suis pédé,

Est-ce que je suis décoiffé ?

On est forte, on est gouine,

On est moche et masculine ! »

Ou, en soutien aux sans-papiers :

« A la première, à la deuxième, à la troisième pénétration

Nous sommes toutes des lesbiennes sans-papiers ! »

Dans les contre-manifestations face aux offensives de la droite catholique française contre le PACS, ils chantent :

« Familles de France !

Vous n’avez aucune chance !

Vos fils, ils sont homos !

Et même pas cathos !

Vos filles elles sont gouines,

Et tellement masculines ! »

Elles réclament la création de back-rooms lesbiens aux cris de

« des cabines pour les copines ! des saunas pour les nanas ! »

ou l’égalité de prix dans les coupes de cheveux entre hommes et femmes

« Coupe mes tifs ou on se rebiffe ! ».

Bon, maintenant qu’on a toutes les paroles, en français et en anglais, que j’ai les sacs pour les pompons, que j’ai repassé ma jupe rose et collé des slogans sur mon T-shirt, qui me rejoint à la prochaine manif pour créer un groupe belge de cheerleading ?

Pour toutes les paroles des cheers du monde entier et plus d’informations sur le mouvement :

- http://www.geocities.com/radicalcheerleaders/
- http://www.nycradicalcheerleaders.org/
- Les Pom Pom Queers parisiennes se trouvent à http://pompomqueers.free.fr

Un petit film a été réalisé en 2004 sur les radical cheerleaders par les Cheerleaders de New York : Don’t let the system get you down - Cheer Up ! par Jen Nebalski et Mary Christmas Pou créer un groupe belge (oui, oui, oui !) : info@scumgrrrls.org